Marc-Edouard Nabe.
C'est étonnant comme le ciel est bleu aujourd'hui. Ce représentant de la pureté me tend un nuage mais ma main tremblante, ma faiblesse et mon corps blessé se heurtent à son inaccessibilité. Ce spectacle offrait l'apogée de la barbarie humaine. L'homme ici n'était plus qu'une incontrôlable créature dénuée de raison. Pour ma part, je ne ressentais aucune once de vengeance pour cet animal et sa meute. La douleur exerçait une telle emprise sur mon corps et sur mon esprit qu'aucune haine ne pouvait m'envahir. Tout ce que je ressentais, c'était la froideur et la dureté de la matraque qui martelait ça et là le haut de mon corps nu. Un coup de pied destructeur. Le coup de grâce. L'abdomen, il avait bien visé le salaud.
A terre, il faisait encore plus froid. Décidément, ce froid-là avait tout brûlé ; le chiendent, la fertilité de la terre ainsi que mon espoir.
Malgré tout, j'arrivais à les entendre rire et à les voir faire tourner leur matraque, symbole de fierté et de puissance. La meute partait, au chaud. Une autre restait pour s'occuper d'autres détenus. Ma seule liberté à cet instant précis et depuis un long moment, était de m'adosser au mur délabré de la prison, qui se trouvait à quelques centimètres de mon lieu de passage à tabac. Glacial lui aussi, j'avais envie de lui demander pourquoi il me gardait enfermé dans son antre de l'horreur. Malheureusement, un mur n'a ni d'oreilles ni de bouche pour quelconques explications. Des prisonniers avaient été mis à plat ventre sur une des tables de la cour de la prison. On leur fracassait le dos jusqu'à ce qu'ils tombent à terre. Je fermais mes yeux et comme un enfant qui à peur de la vue du sang, je mis ma main sale sur ces derniers. Elle n'empêchait pas d'entendre les râles insoutenables des hommes que l'élite russe voulait à tout prix redresser.
J'eu à peine le temps de souhaiter la mort de mon vaillant président sur mon mur fissuré, à l'aide d'un caillou-craie vagabond, que deux balles encore plus rapides et brutales que n'importe quel coup, vinrent se loger dans ma poitrine gelée.
♥ Sally <3
Ps : Il n'yaura que des photos de moi.




